Ma classe entre ciel et terre - LAB-École
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Ma classe entre ciel et terre

18 février 2021 – L’enseignement à l’extérieur et par la nature se popularise, et ce n’est pas uniquement parce qu’un virus galopant fait des siennes. Les bienfaits de cette approche, de plus en plus documentée, sont multiples, autant pour les élèves que pour les enseignants. C’est pourquoi les Lab-École sont conçus pour faciliter ce type d’enseignement (lire l’article à ce sujet : Penser l’école de demain, au-delà des murs).

L’extérieur, en toute saison, propose un large éventail d’apprentissages. Observer la nature, l’univers du vivant, les animaux, les plantes, la relation Terre-Soleil-Lune, l’agriculture… « On a la science sous les yeux », s’enthousiasme Julie Moffet, coordonnatrice du projet Enseigner dehors de la Fondation Monique-Fitz-Back. Et l’enseignement extérieur n’est pas plus propice en milieu rural. « Chaque milieu a ses avantages », précise l’experte. En contexte urbain, on pourra s’attarder sur la toponymie, l’architecture, la géométrie des quartiers, etc. Et c’est sans compter que la nature est souvent bien présente en ville.

Autonomie et confiance en soi

Les connaissances à acquérir dehors ne manquent pas. Mais l’enseignement extérieur est aussi l’occasion de parfaire des compétences et de se développer sur le plan personnel. « L’extérieur, ce n’est pas un environnement contrôlé à 100 % comme peut l’être la classe », explique Julie Moffet. « Les enfants développent donc leur autonomie, leur confiance en eux, ils se responsabilisent », ajoute-t-elle.

Compétences sociales

Un autre avantage de l’enseignement extérieur est d’ordre relationnel. « Lors d’activités à l’extérieur, on forme une équipe entre élèves, mais aussi avec l’enseignant, qui délaisse son rôle d’instructeur pour endosser celui d’accompagnateur », explique Julie Moffet.

Lors d’activités à l’extérieur, on forme une équipe entre élèves, mais aussi avec l’enseignant, qui délaisse son rôle d’instructeur pour endosser celui d’accompagnateur.

Julie Moffet, coordonnatrice du projet, Enseigner dehors de la Fondation Monique-Fitz-Back

Les rallyes, les courses d’orientation, l’accro-gym (pyramide humaine dans la neige) – les exemples sont nombreux – sont autant d’activités qui nécessitent d’apprendre la cohésion de groupe, de développer sa conscience de l’autre et des stratégies de collaboration.

« Dehors, la relation d’aide se met rapidement en place », remarque Sébastien Rojo, expert de l’IPNA – l’intervention psychosociale par la nature et l’aventure. « Ça permet aux enseignants de voir leurs élèves autrement, de voir un potentiel en eux qu’on ne peut saisir en classe. L’inverse est aussi vrai : le regard de l’élève sur l’enseignant change. Quand on laisse place à cette humanité, ça change tout dans les dynamiques », dit M. Rojo, qui est aussi chercheur et chargé de cours à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Ce changement de paradigme a un énorme impact lors du retour en classe.

Des microaventures signifiantes

« Ces microaventures à l’extérieur qui soudent les enfants entre eux et à l’enseignant sont aussi plus marquantes », souligne Julie Moffet. Quel parent ne s’est pas déjà heurté à l’amnésie de leur progéniture alors qu’on leur demande de raconter leur journée ? « Les activités extérieures sont mieux relatées par les enfants, parce qu’elles sont souvent plus signifiantes », indique-t-elle. Or, un apprentissage est beaucoup mieux intégré lorsqu’il a du sens.

Apprentissages multisensoriels

Utiliser l’extérieur pour créer du sens est aussi l’approche de Sébastien Rojo qui voit l’enseignement extérieur comme un incontournable, surtout pour les enfants qui vivent des défis émotionnels et comportementaux. « L’enseignement traditionnel mise uniquement sur le canal cognitif. Mais pour les élèves qui vivent des problèmes comportementaux, il y a parfois une telle charge émotive qu’on ne peut plus emprunter ce canal cognitif. L’IPNA permet de vivre des situations, des expériences qui créent des apprentissages ou des ancrages multisensoriels », explique-t-il.

Il faut parfois prendre d’autres chemins pour apprendre.

Sébastien Rojo, expert de l’intervention psychosociale par la nature et l’aventure et chercheur et chargé de cours à l’Université du Québec à Trois-Rivières

L’extérieur offre une réalité concrète, facilitante pour l’acquisition de certains savoirs. « Il faut parfois prendre d’autres chemins pour apprendre », affirme M. Rojo.

Plus facile à dire qu’à faire ?

Ce n’est pas toujours simple, dans le quotidien, d’intégrer l’enseignement extérieur. « Mais les défis projetés sont plus grands que les défis réels », affirme Julie Moffet qui, d’expérience, certifie que dès les premières activités dehors, les avantages sont si notables qu’ils prennent vite le dessus sur les obstacles. Il faut commencer graduellement, par des activités simples, dans la cour d’école. « L’aisance vient avec le temps, tant pour les élèves que pour les enseignants », assure-t-elle.

Colloque Vivre les saisons

Le colloque Vivre les saisons, qui se tiendra les 24 et 25 février 2021, a pour objectif d’accompagner les enseignants qui travailleront dans un Lab-École dans l’intégration de la saisonnalité et de l’enseignement extérieur et par la nature dans leur programme. Julie Moffet et Sébastien Rojo animeront les conférences d’ouverture de ce colloque organisé par le Lab-École.

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À lire : L’article de Julie Moffet, dans le magazine 100°, sur une étude qui confirme les bénéfices de l’apprentissage en plein air sur la réussite éducative.

Photo tirée de cette vidéo :